ЯЭPUBLIQUЭ TФTALITAЯISTЭ DU SIMOЙTHФLLФTISTAП

| Décembre 2009 | ||||||||||
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IV.
Il n'y avait guère de mystères à dissimuler. Tout était Science et Vérité : au commencement une sphère de matière, puis des montagnes, des lacs, des arbres, et enfin nous. Nous qui vivions dans la joie béate de la connaissance, dans l'admiration dévote devant la civilisation qui nous avait vu naître, et à qui d'autres avaient donné naissance. La plupart des frères et soeurs que croisait Sligo alors qu'il déambulait d'un pas nonchalant dans les rues ne se posaient pas de question ; dans leurs regards éclairé brillait une simple titillation de satisfaction face à une existence sans peine, un soupçon de félicité en conclusion d'une journée agréable. Une journée de plus parmi tant d'autres qui se ressemblaient tant. On ne se plaignait pas ; pas que c'eût été prohibé de quelque façon, non plus que c'eût paru étrange aux autres séléniens. L'explication était bien plus simple ; depuis qu'il se souvenait avoir eu des souvenirs, Sligo n'avait jamais ne serait-ce qu'entr'aperçu une raison véritable, fondée, sage, d'exprimer son mécontentement face aux déconcertants aléas de l'existence.
La Lumière était. Peut importe depuis quand, et surtout, peu importait pourquoi.
L'esprit embrumé de pensées interlopes, dues aussi bien à son addiction à la fleur de pavot qu'à la perspective de revoir cette chère petite, Sligo escaladait lentement les quelques marches qui le conduisaient sur une colline domestiquée, à une certaine distance de la ville. C'avait été un jour charmant. Certains des nuages qui étaient apparus avaient des formes tout à fait déconcertantes, car la locomotive était particulièrement de bonne humeur, ainsi s'étaient envolés toucans rieurs, grands saules pleurnicheurs, et autres fantômes rassurants embaumés de coton. Peut-être même ces volutes changeants passeraient-ils au-dessus d'eux en ce début de soirée, surplombant les hautes herbes et les arbres silencieux qui tapissaient consciencieusement le silence de la colline solitaire.
Sligo ne s'était jamais vraiment senti heureux. C'est à peine s'il pouvait définir le sens de ce mot, qui lui apparaissait uniquement comme un terme lointain et parcheminé, réminiscence d'un passé lointain gouverné par les idéologies et les pensées utopiques. A vrai dire, il n'avait jamais non plus été malheureux, épargné par les souffrances des ans et de ce qu'il aimait. Il naviguait sans cesse dans un état second et vague, contemplant son quotidien à la manière d'un esprit omniscient, agissant sans agir, allant et venant au gré des jours qui passaient sans objectif fixé.
Il n'était pas heureux, mais lorsqu'il vit arriver Снежана dans la clairière lumineuse où ils s'étaient fixés rendez-vous, un léger souffle de vie comprima son coeur, avant de le relâcher dans une caresse libératrice.
Il était des esprits qui se rencontraient en gerbes d'étincelles, dans un fourmillement de lumière qui réchauffait l'âme endormie et faisait virevolter les énergies alentours dans une discrète mais certaine envolée d'atomes, qui s'en allaient danser dans l'air ambiant dans une ritournelle microscopique et inaudible aux gens raisonnables. Снежана parvenait parfois à provoquer un tel cataclysme de la matière, aspirant la raison dans un vortex soudain pour n'en laisser ressortir qu'une once de folie décuplée, qui resterait quelques heures profondément inscrite dans l'âme de ses victimes égarées avant de s'en aller mourir sur quelque rivage perdu. Non pas qu'elle était différente. Elle était sous bien des aspects pareille aux autres, mais on pouvait devenir qu'elle l'était moins que ces mêmes autres, en explorant délicatement les reflets de son iris doré.
La voix apaisante de Снежана sortit Sligo de ses pensées. Ils échangèrent calmement quelques paroles, banalités qui pourtant déposèrent un sourire pensif sur leurs visages respirant de jeunesse. Sans mot dire, tandis que le jeune sélénien embrasait un nouveau buzz avec une impatience contenue, ils se dirigèrent entre les arbres bienveillants qui les attendaient au sommet de la colline. Ces derniers dodelinaient des branches, tentant tant bien que mal de garder le silence, même si une oreille attentive pouvait entendre chuchoter leurs voix remplies de sagesse, d'amusement, et peut-être d'une once de jalousie.
Gracieusement allongée dans l'herbe chatouilleuse, Снежана se laissait flotter au gré des remous qui s'agitaient en elle après s'être laissée enivrée par l'effet des plantes relaxantes, laissant ses longs cheveux d'or étendre leurs fines mèches blondes dans la mousse embuée du soir. Elle souriait. Et on pouvait dire que ce n'était pas n'importe quel sourire. Lorsque ses fines lèvres roses esquissaient la plus petite nuance de satisfaction, c'était un lever de soleil, un astre qui éclipsait tout le reste et rendait éternellement à l'obscurité tout ce qui l'entourait. Le temps s'envolait dans un subtil battement d'ailes, et seul comptait le moment présent.
C'était assurément une jolie jeune fille qui s'étendait et se prélassait sur le sol duveteux en laissant pétiller sa poitrine légère sous sa robe bleue. Une красивая девушка, embellie de l'esprit, rénovatrice d'espoir, dévoreuse de rêves, tant de choses à la fois qui attiraient irrémédiablement les idées de Sligo lorsqu'il s'ennuyait un peu, attisant ses pensées erratiques à mesure qu'ils se rapprochaient de leurs rendez-vous lunaires. La малышка, la délicieuse et captivante petite fée, savait s'y prendre comme peu d'autres lorsqu'il s'agissait de réveiller son imagination assoupie, laissant son aura irradier les alentours avec une vigueur et d'une force impressionnante dans un corps en apparence si frêle, irradiances impétueuses des courbes alanguies de son éternelle jeunesse.
Non pas que Sligo ressentit des sentiments d'une intensité apocalyptique pour les pommettes arrondies de la petite, puisqu'il ignorait ce que cela signifiait véritablement. Il en allait évidemment de même pour elle, et pour tous les séléniens qui avaient déjà regarder tomber le jour en charmante compagnie dans une clairière à la lumière frêle. Mais tout de même, tout ceci se révélait bien agréable. C'était dans ces rares moment qu'il pouvait se sentir vivre et entr'apercevoir la chétive flamme rayonnante qui se reflétait au plus profond de lui, lui qui ne connaissait habituellement que la demi-teinte, le demi-jour, la demi-mesure et la déraison crépusculaire d'une âme déçue car avide de curiosité. Voilà ce qui unissait ces deux êtres, et quelques rares autres qui subsistaient ici et là dans quelque tours végétales au halo de marbre luminescent. Il restait encore dans leur regard inhibé de calme, de quiétude, et d'effluves colorées, un grain de curiosité, dernière étoile dans un ciel obscur et inquiétant.
Une fumée légère et discrète, presque invisible, enveloppait désormais les corps reposés de Снежана et de Sligo. Elle s'infiltrait dans les pores de leurs peaux en subtiles caresses. Peut-être rêvaient-il simplement, ou que la fleur de pavot les avait transporté dans un état second et cotonneux dans lequel le moindre brin d'herbe semblait rempli de prévenance et de générosité. Ou peut-être était-ce réel. Toujours est-il qu'ils voyagèrent quelques secondes sans même s'en apercevoir.
Ils étaient là, au sommet d'une montagne enneigée et étrangère à leurs regards désormais remplis de chaleur. Bien que la nuit répandit un fin duvet noir sur la voute céleste, repassant progressivement sur les constellations qu'elle avait omis de mettre en évidence par inadvertance ou par maladresse à l'aide de son long manteau, le paysage qui entourait les deux séléniens irradiait d'une indéniable mais étrange luminosité. Les neiges éternelles qui les embaumaient de leur douceur dévoilaient ainsi leur robe d'ivoire bleuté, réchauffant leurs corps plutôt que de leur donner la froideur de la pierre et l'inhumanité du cristal.
Il y eut quelques couleurs, une mélodie venue de nulle part, un vent réconfortant, une abondance de sourires, puis plus qu'un simple balbutiement. Puis, enfin, plus rien. Quelques étoiles brillèrent dans un dernier effort avant de s'effacer pour un temps infini dans un univers infini, et le regard de Снежана et de Sligo, allongés sur le dos dans un duvet de neige d'une parfaite tiédeur, se fixa sur l'astre qui les surveillait, là, dissimulé en une fanfaronnade insolente dans l'immensité sereine de l'espace.
La Terre, et rien de plus.