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Vendredi 28 septembre 2007

 

 

Par Simon - Publié dans : www.simonthollotistan
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Dimanche 2 septembre 2007

 

 

I.

 

 

Le ciel avait enfilé une robe de teinte Bordeaux lorsque il s’infiltra en hoquetant par la fenêtre de la chambre. Lorsque l’onde lumineuse atteignit le réveil, celui-ci ouvrit un œil paresseux, puis un second, et entrepris d’entonner une litanie langoureuse au parfum d’érotisme. La musique enivrante parvint jusqu’aux oreilles de Sligo, faisant vibrer ses tympans au rythme adéquat, celui qui signifie ; « Lève-toi et va bosser. »

Alors Sligo se leva, et remercia son oreiller, qui se prénomme Phil mais cela n’a aucune importance pour la suite. Essayons d’imaginer Sligo. Sa peau, comme celle de tous les séléniens, tendait au bleu turquoise nuancée de volutes verts, couleur que l’on pourrait observer certains matins sur une côte landaise en étudiant les vagues. Silhouette mince, traits fins, rien de trop excessif. Une fois debout, il s’assit face à la large baie vitrée, puis entreprit de rouler un ou deux buzz. Plutôt deux. L’appartement de Sligo était situé au douzième étage, dans un quartier résidentiel superbe, où les terrasses rivalisaient de végétation ondulante, une myriade de fleurs ajoutant des touches colorées à la masse verdoyante des plantes lunaires. Les murs de marbre des constructions sélénites se fondaient en une harmonie parfaite dans le décor bucolique, traversé ça et là par quelques rues encore désertes si tôt dans la matinée. Même les plus fines ruelles étaient revêtues de pierre blanche, sculptée de sillons sinueux où la pluie dessinait parfois quelque rêveuse broderie, tandis que des massifs de plantes étranges longeaient la voie. A l’horizon, entre deux chaînes montagneuses aux reflets incandescents, tandis que l’astre solaire faisait son apparition en baillant un petit peu, apparaissaient les eaux calmes et limpides d’un océan imperturbable, dans lequel un petit groupe de jeunes nuages bleutés se reflétaient coquettement pour corriger leur forme vaporeuse.

Que Lune était paisible.

Sligo enfila en quelques secondes son uniforme de travail, qui consistait en un long pantalon blanc, appuyé d’une veste courte de même couleur. Il paracheva le travail en prenant son couvre-chef, qui ressemblait plus ou moins au képi des livreurs de lait américain dans le milieu des années 80. Ce dernier accoutrement recouvrait d’une zone d’ombre la partie du visage située au dessus de son nez, tant et si bien qu’il était difficile de discerner l’éclat discret de ses yeux. Ces vêtements avaient la particularité d’adopter la teinte de l’environnement alentour, leur donnant tantôt les ombres pluvieuses d’un ciel matinal, tantôt le chatoiement frémissant d’un jardin tropical. Allumant un buzz d’un signe de la main, qui consistait en l’union de l’index et du majeur, Sligo cligna des yeux, puis se détourna de la vision séraphique qui s’étalait à perte de vue sous ses yeux. Force était de constater que la civilisation sélénite avait accompli un miracle d’esthétisme, aucun endroit n’ayant été malencontreusement oublié sur toute la surface de l’astre. Tandis que l’œil se régalait de telles visions, l’odorat était en permanence stimulé par le parfum discret des êtres chlorophylliens, l’ouïe distraite par le chant impatient de quelque oiseau égaré. Le bien-être était inévitable dans un tel environnement, auquel on ne pouvait s’habituer, malgré le défilement incessant des mois et des années. Le jeu des lumières solaires révélaient sans cesse une nouvelle surprise au regard, même au plus inattentif.

Sligo tira une dernière latte, esquissant un sourire malicieusement pensif tandis qu’il remettait sa casquette en place. Il était temps de prendre sa voiture et d’aller travailler. Il se sentait merveilleusement bien.

 

 

 

 

II.

 

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le fait est que la voiture de Sligo volait littéralement. Il serait aussi vain qu’ennuyeux de détailler toutes les techniques et les découvertes accumulées par les ingénieurs sélénites au fil des ans afin de parvenir à une telle prouesse technologique, aussi ces détails vous seront gracieusement épargnés. Qui plus est, dix ans d’études d’astrophysique quantique sont nécessaires à la compréhension de tels systèmes, et le pourcentage concerné est suffisamment insignifiant pour que ces derniers astrophysiciens aillent vaquer à leurs occupations traditionnelles, c'est-à-dire la construction d’engins beaucoup trop chers pour que le contribuable continue à les financer impunément. Bref.

C’était une voiture qui volait, un véhicule tout simple avec ça, spécialement conçu pour ne pas constituer une pollution visuelle dans l’environnement paradisiaque de Lune. A haute altitude, elle était quasiment invisible, tandis que près du sol, sa carrosserie prenait soudainement des teintes végétales et reposantes. Elle ne faisait pas le moindre bruit, car elle n’allait pas très vite. Cela n’était pas vraiment un problème, puisque les séléniens ne résidaient jamais trop loin de leur lieu de travail, et qu’ils pouvaient disposer de tout ce qui était nécessaire pour subvenir à leurs besoins dans un périmètre proche. Pour les trajets plus importants, des transports en commun aussi inoffensifs esthétiquement que les voitures avaient été conçus depuis longtemps déjà. Se déplacer n’était pas une contrainte, loin de là, et beaucoup y prenaient même un certain plaisir.

Le garage de Sligo était directement accolé à l’appartement, son véhicule n’y prenant que peu de place. En quelques secondes, il survolait les habitations des alentours, ce qui lui permettait de jeter un œil amusé sur les séléniens se reposant à l’ombre de la végétation de leur balcon, protégés d’un soleil léger et duveteux, mais chatouillant par moments. En effet, ce dernier s’amusait parfois à réveiller un dormeur alangui d’une caresse de rayon bien sentie, ce qui était tout à fait indolore mais impliquait parfois la fin d’une rêverie agréable à base de jolies filles.

En quelques secondes, Sligo avait quitté la zone résidentielle, et dépassant quelques collines trop timides pour devenir montagnes, survolait déjà d’immenses champs de plantation vivrière. L’ombre de son véhicule avait l’aspect de quelque insecte géant battant frénétiquement des ailes pour surplomber les plantations de pavot, qui s’étendaient sur des dizaines d’hectares. A l’occasion, il croisait un autre sélénien bien installé dans sa voiture qui parcourait le chemin inverse, et il en profitait pour le saluer d’un signe de la main rempli de bonne humeur. En quelques minutes, il voyait défiler les plantations de fruits multicolores, de chanvre ondulant sous une légère brise, de céréales joyeuses et de légumes boudeurs. Ca et là se reposaient quelques bosquets de grands arbres  rieurs, secouant leurs branches avec insistance au passage de Sligo.

Puis vint la ville, où il travaillait. Les gratte-ciel sélénites avaient l’aspect d’une forêt de conifères titanesques qui étendaient leur forme élancée en un surprenant bouquet. Il fallait s’approcher relativement près pour deviner que ces formes étaient en réalité une construction artificielle, recouverte par la verdure et les premières floraisons. Majestueuse, elle s’élevait vers les cieux lunaires avec une certaine modestie, flattant davantage la grandeur de la nature plutôt que celle des séléniens.

Cette ville, la seule véritable que comptait Lune, s’appelait Paris. Les anciens mythes racontaient qu’elle était la plus belle que connurent les premiers habitants de l’astre, aussi il n’y avait aucune raison valable de changer cet état de fait. Peu de séléniens se souvenaient exactement de l’origine des noms que l’on avait donné aux régions, aux rues, aux forêts de Lune. Ces noms remontaient à une époque lointaine à laquelle nul n’avait survécu, mais étaient malgré tout restés littéralement gravés dans le marbre blanc de l’histoire. Jamais on ne les avait effacés, car jamais personne n’avait essayé de le faire. C’était ainsi.

Quoi qu’il en soit, Sligo réduit son altitude pour se diriger en directement de l’avenue Isaac Asimov, bordée de peupliers géants dans lesquels certains allaient parfois se reposer un peu. Après avoir dépassé la drolatique statue de René Simon, il prit à gauche pour parcourir la rue de Pa le Scorpion, toujours aussi animée au fil des jours tandis que les boutiques de graines en tous genres ne désemplissaient pas.

La centrale météorologique où travaillait Sligo était située en bordure du parc Youri Gagarine, élevant son imposante forme sphérique au dessus des constructions alentours. Dans un astucieux jeu de lumière d’origine hydraulique, les plans d’eau du parc se reflétaient avec douceur sur les parois de l’orbe, lui donnant ainsi l’aspect d’une perle se promenant au fond des océans. Sligo gara lentement sa voiture au pied de l’impressionnant édifice, et en chantonnant quelques notes entraînantes, pénétra à l’intérieur. Il y faisait frais et c’était bien ainsi.

 

 

 

 

Par Simon - Publié dans : www.simonthollotistan
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Mercredi 1 août 2007

Par Simon - Publié dans : www.simonthollotistan
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