Entérinons le concept de weblog.
Aujourd’hui, c’était road trip miniature vers Saint-Étienne. C’est une ville que j’aime bien, sincère, contrairement à sa grande voisine parfois grandiloquente, outrecuidante, même. Saint-Étienne est une ville qui a véritablement une âme. Elle n’est pas véritablement belle, n’a pas de noblesse particulière qui vous éblouirait au détour d’une rue, seulement voilà ; elle est humaine. Et puis, réminiscence psychanalytique ; Saint-Étienne, c’est « la ville », dont on va parcourir les trottoirs souillés à l’heure de l’école maternelle, tandis que les canins souillent les trottoirs parcourus. Quand j’étais plus petit que je ne le suis déjà, je préférais la campagne. Les vaches colorées et les fleurs ruminantes. Peut-être suis-je en train de changer. Je n’ai jamais encore été tout à fait un urbain, un citadin convaincu, du genre qui adule le dioxyde de carbone et voue un culte aux appartements étroits. Je crois que ça me plairait. Que ça me plaira ?
Au retour, je me perds, assez volontairement. Le ciel est d’un gris morose et sans expression, absent et immuable dans l’inanition. Le genre de ciel qui m’émoustille les vibrisses. J’écoute du Jazz en roulant lentement sur l’asphalte inconnue. Attitude aux relents snobinards, j’en suis pleinement conscient mais j’apprécie. Je profite un peu.
Un peu de radio. Quelques bureaucrates s’amusent à flétrir une à une les pétales de la rose. Les nouveaux fascistes tout de vert vêtus s’acharnent à atrophier le berceau des cultures humaines. Le père Tony s’en va. La flicaille tombe et renverse. Rien de trop inhabituel, en somme. Dix-huit ans au moins que ça dure. I turn off the radio.
Première soirée normale aux côtés de mon rongeur favori depuis pas mal de temps. Je vais pouvoir essayer de faire une nuit plus ou moins complète. Ceci explique ma relative disparition (dans un nuage de fumée verdâtre, de préférence). La semaine fut festive et ce ne sont pas mes cernes qui diront le contraire. Une série d’instantanés en noir et blanc sur des airs de Gainsbourg, mes passagers témoigneront. C’était sympa. Les groupements hydroxyle n’avaient pas oublié de se joindre à la fête. Mais bon. Après tout, bon nombre de hauts personnages de ce monde étaient de fiers noceurs. Je les salue bien bas !
En une semaine, j’aurais inauguré l’hibernation transitoire dans ma fière auto, éprouvé l’errance citadine à des heures indues, ou même ratifié l’assoupissement sur trampoline. Des expériences enrichissantes, à essayer absolument !
Finalement, c’est un peu ça. On sculpte peu à peu ses futurs souvenirs. Ses remembrances d’adulte, pourrait-on presque dire ! On prépare sa future biographie, à grand renfort d’errances, de vagabondages et de dérivés d’éthanol. Je les vois bien, ceux-là qui la larme en périphérie de la pupille s’apprêtent à dire adieu et à s’en aller, des regrets plein la tête et du vague bleu à l’âme. C’est parce qu’ils n’ont pas tout compris.
Je conçois tout à fait que l’on soit à un tournant, un joli croisement, en vérité. Le tout est d’espérer que le feu ne passe pas au rouge, ou que l’on ne nous grille pas la priorité, en charmante cacophonie de klaxons tintamarresques. Si la chance nous sourit suffisamment, alors on passe. Je vous garantis que la plupart passeront. Ce n’est pas la fin d’une époque. C’en est le commencement. Et il y a fort à parier que ce commencement-là sera certainement bien plus prometteur. Je ne sais pas si l’émancipation débute, mais c’est là une occasion à saisir pour faucher quelques chaînes, histoire de sautiller plus loin et plus haut, plus beau, même. Alors s’il vous plaît ; ne dites pas ‘‘adieu’’, dites plutôt ‘‘bonjour’’ ! N’oubliez pas le point d’exclamation, mettez-en trois si ça vous chante. Ceux que vous avez apprécié dans le premier épisode seront forcément les bienvenus dans le suivant. Même pas besoin de voter par téléphone pour qu’ils restent. La vie fait bien les choses.
Mais ne laissons pas l’optimisme gagner du terrain ; ce serait malvenu et il paraît que ce n’est plus à la mode depuis 1971. Ou est-ce 1981... Du doute ? Oui. Un peu, faut bien l’avouer. On n’est jamais à l’abri d’une très mauvaise surprise, qui vous tomberait dessus comme une enclume éhontément alourdie dans les vieux cartoons que l’on regardait sur le canapé, un bol de céréales sur les genoux. Qui plus est, j’ai toujours préféré Coyote à Bip Bip, alors je me méfie. Restent tout de même quelques relents d’appréhension. Il est toujours possible de conjuguer consternation malsaine et malchance exacerbée. Ayons une petite pensée pour l’homme qui démontra qu’il était déconseillé d’ingurgiter un verre d’acide sulfurique concentré à cinq moles par litre. Attendons encore huit petits jours pour nous prononcer, jours qui seront si tout va bien entièrement consacrés à la jovialité libertine et à la jouissance de la paresse chaste. Rien que ça.
En attendant, je vous salue, parce que je vous aime bien. Et donc, pour reprendre le fil de mon aiguille, je ne vous dis pas adieu. Au contraire, espérons qu’une belle série de bonjours soit devant nous !
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