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Dimanche 24 juin 2007

 

 

 

Entérinons le concept de weblog.

 

Aujourd’hui, c’était road trip miniature vers Saint-Étienne. C’est une ville que j’aime bien, sincère, contrairement à sa grande voisine parfois grandiloquente, outrecuidante, même. Saint-Étienne est une ville qui a véritablement une âme. Elle n’est pas véritablement belle, n’a pas de noblesse particulière qui vous éblouirait au détour d’une rue, seulement voilà ; elle est humaine. Et puis, réminiscence psychanalytique ; Saint-Étienne, c’est « la ville », dont on va parcourir les trottoirs souillés à l’heure de l’école maternelle, tandis que les canins souillent les trottoirs parcourus. Quand j’étais plus petit que je ne le suis déjà, je préférais la campagne. Les vaches colorées et les fleurs ruminantes. Peut-être suis-je en train de changer. Je n’ai jamais encore été tout à fait un urbain, un citadin convaincu, du genre qui adule le dioxyde de carbone et voue un culte aux appartements étroits. Je crois que ça me plairait. Que ça me plaira ?

 

Au retour, je me perds, assez volontairement. Le ciel est d’un gris morose et sans expression, absent et immuable dans l’inanition. Le genre de ciel qui m’émoustille les vibrisses. J’écoute du Jazz en roulant lentement sur l’asphalte inconnue. Attitude aux relents snobinards, j’en suis pleinement conscient mais j’apprécie. Je profite un peu.

 

Un peu de radio. Quelques bureaucrates s’amusent à flétrir une à une les pétales de la rose. Les nouveaux fascistes tout de vert vêtus s’acharnent à atrophier le berceau des cultures humaines. Le père Tony s’en va. La flicaille tombe et renverse. Rien de trop inhabituel, en somme. Dix-huit ans au moins que ça dure. I turn off the radio.

Première soirée normale aux côtés de mon rongeur favori depuis pas mal de temps. Je vais pouvoir essayer de faire une nuit plus ou moins complète. Ceci explique ma relative disparition (dans un nuage de fumée verdâtre, de préférence). La semaine fut festive et ce ne sont pas mes cernes qui diront le contraire. Une série d’instantanés en noir et blanc sur des airs de Gainsbourg, mes passagers témoigneront. C’était sympa. Les groupements hydroxyle n’avaient pas oublié de se joindre à la fête. Mais bon. Après tout, bon nombre de hauts personnages de ce monde étaient de fiers noceurs. Je les salue bien bas !

En une semaine, j’aurais inauguré l’hibernation transitoire dans ma fière auto, éprouvé l’errance citadine à des heures indues, ou même ratifié l’assoupissement sur trampoline. Des expériences enrichissantes, à essayer absolument !

Finalement, c’est un peu ça. On sculpte peu à peu ses futurs souvenirs. Ses remembrances d’adulte, pourrait-on presque dire ! On prépare sa future biographie, à grand renfort d’errances, de vagabondages et de dérivés d’éthanol. Je les vois bien, ceux-là qui la larme en périphérie de la pupille s’apprêtent à dire adieu et à s’en aller, des regrets plein la tête et du vague bleu à l’âme. C’est parce qu’ils n’ont pas tout compris.

 

Je conçois tout à fait que l’on soit à un tournant, un joli croisement, en vérité. Le tout est d’espérer que le feu ne passe pas au rouge, ou que l’on ne nous grille pas la priorité, en charmante cacophonie de klaxons tintamarresques. Si la chance nous sourit suffisamment, alors on passe. Je vous garantis que la plupart passeront. Ce n’est pas la fin d’une époque. C’en est le commencement. Et il y a fort à parier que ce commencement-là sera certainement bien plus prometteur. Je ne sais pas si l’émancipation débute, mais c’est là une occasion à saisir pour faucher quelques chaînes, histoire de sautiller plus loin et plus haut, plus beau, même. Alors s’il vous plaît ; ne dites pas ‘‘adieu’’, dites plutôt ‘‘bonjour’’ ! N’oubliez pas le point d’exclamation, mettez-en trois si ça vous chante. Ceux que vous avez apprécié dans le premier épisode seront forcément les bienvenus dans le suivant. Même pas besoin de voter par téléphone pour qu’ils restent. La vie fait bien les choses.

Mais ne laissons pas l’optimisme gagner du terrain ; ce serait malvenu et il paraît que ce n’est plus à la mode depuis 1971. Ou est-ce 1981... Du doute ? Oui. Un peu, faut bien l’avouer. On n’est jamais à l’abri d’une très mauvaise surprise, qui vous tomberait dessus comme une enclume éhontément alourdie dans les vieux cartoons que l’on regardait sur le canapé, un bol de céréales sur les genoux. Qui plus est, j’ai toujours préféré Coyote à Bip Bip, alors je me méfie. Restent tout de même quelques relents d’appréhension. Il est toujours possible de conjuguer consternation malsaine et malchance exacerbée. Ayons une petite pensée pour l’homme qui démontra qu’il était déconseillé d’ingurgiter un verre d’acide sulfurique concentré à cinq moles par litre. Attendons encore huit petits jours pour nous prononcer, jours qui seront si tout va bien entièrement consacrés à la jovialité libertine et à la jouissance de la paresse chaste. Rien que ça.

 

 

 

En attendant, je vous salue, parce que je vous aime bien. Et donc, pour reprendre le fil de mon aiguille, je ne vous dis pas adieu. Au contraire, espérons qu’une belle série de bonjours soit devant nous !

 

 

 

 

 

 

Par Simon - Publié dans : www.simonthollotistan
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Vendredi 15 juin 2007

 

Petite chanson sans prétention qui met de bonne humeur, histoire de fêter les vacances. :-)

 

Par Simon - Publié dans : www.simonthollotistan
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Mardi 29 mai 2007

 

 

 

   Comme si j'avais su où j'allais, j'ai eu l'air de choisir encore et j'ai changé de route, j'ai pris sur ma droite une autre rue, mieux éclairée, "Broadway" qu'elle s'appelait. Le nom je l'ai lu sur une plaque. Bien au-dessus des derniers étages, en haut, restait du jour avec des mouettes et des morceaux du ciel. Nous on avançait dans la lueur d'en bas, malade comme celle de la forêt et si grise que la rue en était pleine comme un gros mélange de coton sale.

   C'était comme une plaie triste la rue qui n'en finissait plus, avec nous au fond, nous autres, d'un bord à l'autre, d'une peine à l'autre, vers le bout qu'on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde.

   Les voitures ne passaient pas, rien que des gens et des gens encore.

   C'était le quartier précieux, qu'on m'a expliqué plus tard, le quartier pour l'or : Manhattan. On n'y entre qu'à pied, comme à l'église. C'est le beau coeur en Banque du monde d'aujourd'hui. Il y en a pourtant qui crachent par terre en passant. Faut être osé.

   C'est un quartier qu'en est rempli d'or, un vrai miracle, et même qu'on peut l'entendre le miracle à travers les portes avec son bruit  de dollars qu'on froisse, lui toujours trop léger le Dollar, un vrai Saint-Esprit, plus précieux que du sang.

   J'ai eu tout de même le temps d'aller les voir et même je suis entré pour leur parler à ces employés qui gardaient les espèces. Ils sont tristes et mal payés.

   Quand les fidèles entrent dans leur Banque, faut pas croire qu'ils peuvent se servir comme ça selon leur caprice. Pas du tout. Ils parlent à Dollar en lui murmurant des choses à travers un petit grillage, ils se confessent quoi. Pas beaucoup de bruit, des lampes bien douces, un tout minuscule guichet entre de hautes arches, c'est tout. Ils ne l'avalent pas l'Hostie. Ils se la mettent sur le coeur. Je ne pouvais pas rester longtemps à les admirer. Il fallait bien suivre les gens de la rue entre les parois d'ombre lisse.

   Tout d'un coup, tout ça s'est élargi notre rue comme une crevasse qui finirait dans un étang de lumière. On s'est trouvés là devant une grande flaque de jour glauque coincée entre des monstres et des monstres de maisons. Au beau milieu de cette clairière, un pavillon avec un petit air champêtre, et bordé de pelouses malheureuses.

   Je demandai à plusieurs voisins de la foule ce que c'était que ce bâtiment-là, qu'on voyait mais la plupart feignirent de ne pas m'entendre. Ils n'avaient pas de temps à perdre. Un petit jeune, passant tout près, voulut bien tout de même m'avertir que c'était la Mairie, vieux monument de l'époque coloniale, ajouta-t-il, tout ce qu'il y avait d'historique... qu'on avait laissé là... Le pourtour de cette oasis tournait au square, avec des bancs, et même on y était assez bien pour la regarder la Mairie, assis. Il n'y avait presque rien à voir d'autre dans le moment où j'arrivais.

   J'attendis une bonne heure à la même place et puis de cette pénombre, de cette foule en route, discontinue, morne, surgit sur les midi, indéniable, une brusque avalanche de femmes absolument belles.

   Quelle découverte ! Quelle Amérique ! Quel ravissement ! Souvenir de Lola ! Son exemple ne m'avait pas trompé ! C'était vrai !

   Je touchais au vif de mon pèlerinage. Et si je n'avais point souffert en même temps des continuels rappels de mon appétit je me serais cru parvenu à l'un de ces moments de surnaturelle révélation esthétique. Les beautés que je découvrais, incessantes, m'eussent avec un peu de confiance et de confort ravi à ma condition trivialement humaine. Il ne me manquait qu'un sandwich en somme pour me croire en plein miracle. Mais comme il me manquait le sandwich !

   Quelles gracieuses souplesses cependant ! Quelles délicatesses incroyables ! Quelles trouvailles d'harmonie ! Périlleuses nuances ! Réussites de tous les dangers ! De toutes les promesses possibles de la figure et du corps parmi tant de blondes ! Ces brunes ! Et ces Titiennes ! Et qu'il y en avait plus qu'il en venait encore ! C'est peut-être, pensais-je, la Grèce qui recommence ? J'arrive au bon moment !

   Elles me parurent d'autant mieux divines ces apparitions, qu'elles ne semblaient point du tout s'apercevoir que j'existais, moi, là, à côté sur ce banc, tout gâteux, baveux d'admiration érotico-mystique de quinine et aussi de faim, faut l'avouer. S'il était possible de sortir de sa peau j'en serais sorti juste à ce moment-là, une fois pour toutes. Rien ne m'y retenait plus.

   Elles pouvaient m'emmener, me sublimer, ces invraisemblables midinettes, elles n'avaient qu'un geste à faire, un mot à dire, et je passais à l'instant même et tout entier dans le monde du Rêve, mais sans doute avaient-elles d'autres missions.

   Une heure, deux heures passèrent ainsi dans la stupéfaction. Je n'espérais plus rien.

 

Par Simon - Publié dans : Beaux textes
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